L’Église mormone projette un temple en Haïti: ce que cela signifie

Saut-d'Eau, Haïti, Juillet 2013.

Saut-d’Eau, Haïti, Juillet 2013.

Hier, dimanche 5 avril 2015, Thomas Monson a annoncé aux fidèles au cours de la 185e conférence générale e l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours le projet de l’institution qu’il préside de lancer la construction de trois nouveaux temples de par le monde. Ces temples seront implantés à Bangkok (Thaïlande), Abidjan (Côte d’Ivoire) et à Port-au-Prince (Haïti).

Ce que ce projet signifie pour l’Église mormone et ses fidèles

Comme je l’ai dit par ailleurs, et contrairement à ce qu’on a pu entendre les détracteurs du mormonisme énoncer s’agissant d’un projet identique à Paris, au lieu d’être le point de départ, ces temples sont l’aboutissement, ou à minima, la manifestation visible de l’enracinement et de la maturité du mormonisme dans un pays donné. Entendre par là qu’il y a suffisamment de fidèles assidus, payeurs de dîme, qui servent, qui sont formés et qui peuvent faire fonctionner le temple, etc. D’ailleurs, cela fait des années que le mormonisme fonctionne uniquement avec des Haïtiens, sans apport de missionnaire étranger, cela depuis l’autorité interrégional en passant pas le président de mission. Le fait que l’Église mormone annonce la construction de nouveaux temples n’est presque plus surprise.

Ce qui surprend encore ce sont les pays choisis pour implanter ces temples; surtout lorsqu’il ne s’agit pas des États-Unis. Aussi, l’effet de surprise, mêlé de joie extrême, a été total hier à l’annonce qu’un temple allait être érigé en Haïti, appelé jadis « La Perle des Antilles ». Des informations que j’ai pu glaner ici et là hier, les mormons haïtiens qui suivaient la conférence ont exulté de joie, n’ont plus écouté ce qui se disait. Un contact et ancien haut dirigeant de l’Église mormone en Haïti qui suivait la conférence par internet depuis son domicile m’a dit avoir bondi dans sa voiture pour rejoindre le centre de diffusion par satellite pour célébrer la nouvelle avec ses « frères et sœurs ». Plusieurs anciens missionnaires de l’Église en Haïti ont immédiatement posté l’information sur les réseaux sociaux. Extraits:

– « LDS Temple Announcement in Port au Prince, Haiti. Mesi Bondye a! » (sic) (Brandon Stein)
– « Gwo ke kontan! Temple in Haiti!…Fulfilment of prophecy….  Bon bagay net, papa! James Richard; message reposté par plusieurs autres anciens missionnaires)
– « MESI BONDYE!!! MESI AMPIL! » (sic) (Steven Eror, Jr.).

Cette annonce devait revêtir un sens tout particulier pour Monson. C’est lui, jeune apôtre en 1983, qui avait « consacré Haïti le 17 avril, soit 28 ans plus tôt le même mois, à la prédication de l’Évangile », acte officialisant le début de l’implantation du mormonisme dans un pays.

Il n’est pas étonnant que l’on parle de « bénédiction », pour laquelle on remercie grandement le Bon Dieu (Mèsi anpil) ou de « prophétie accomplie » (fulfilment of prophecy). C’est l’énonciation indirecte de la pensée que « le temple était très attendu ». Dans certains cas, on a écrit et on m’a dit que c’était « mérité », que les mormons haïtiens avaient œuvré pour ce temple. Et on peut imaginer que les réactions ont été similaires Bangkok et Abidjan. Elles seront toujours très fortes parce que le temple est ce qu’il y a de plus sacré sur terre pour les mormons. Il est pour eux un « totem », une passerelle, reliant le ciel à la terre.

Pour les mormons haïtiens, ce temple sera aussi une nouvelle cascade « Saut-d’Eau » (voir photo). Plus qu’un beau bâtiment, voire une attraction touristique, il sera un haut lieu religieux, avec toute la charge symbolique, poétique et religieuse de l’eau qui coule dans un pays que l’on croit, à tort, maudit.

Au-delà du mormonisme: le contexte géopolitique et sens du temple pour Haïti

L’Église mormone ne se lance pas sur un coup de tête dans la construction d’un temple. Outre le sens que revêt l’édifice pour elle et ses fidèles, on ne peut pas ne pas souligner des critères se rapportant directement au lieu de construction et, dans le cas d’Haïti, de géopolitique.

Sur les critères se rapportant au lieu, l’édification d’un temple est le signe que l’Église mormone a observé suffisamment longtemps ce qui se passe sur le plan politique en Haïti et qu’elle anticipe que les choses ne peuvent qu’aller mieux. Autrement dit, il y a dans le pays une dynamique qui va dans le sens d’une stabilité politique. Il suffit d’ailleurs de regarder le nombre de projets industriels et touristiques d’envergure impliquant des entreprises étrangères pour se convaincre de la confiance qu’inspire la situation en Haïti. Il faut, bien évidemment, se réjouir de ces bons indicateurs.

L’annonce de ce temple est aussi éminemment lié à la géopolitique locale. L’un des tout premiers sentiments de mon contact est que le projet découle du fait que les dirigeants de l’Église mormone ont observé de prêt l’attitude du gouvernement de la République Dominicaine envers les Haïtiens ou ses propres citoyens d’ascendance haïtienne. Je ne peux qu’abonder dans son sens. Je renvoie pour exemples à la décision raciste de la justice de ce pays de rendre apatride les personnes d’ascendance haïtienne, ou encore à la maltraitance, pire, aux meurtres iniques d’Haïtiens qui « ki ap chache la vie » (qui cherchent la vie) à Saint Domingue.

Il faut aussi souligner que l’Église mormone dispose déjà d’un temple dans ce pays voisin d’Haïti et que, dans la mesure où les temples mormons sont mis à la disposition de toute une région (exemple temple de Madrid sert l’Espagne, le Portugal, une partie de la France, du Cap Vert, me semble-t-il, etc.), il n’y avait aucune raison pour l’Église de construire un autre temple sur la même île. Cela d’autant plus qu’il y a d’autres endroits dans la Caraïbes (Guadeloupe, Trinidad & Tobago, Porto-Rico, par exemple) où l’implantation est forte et où on attend avec impatience un temple.

Donc, au-delà de la dimension sacrale, spirituelle du temple, l’annonce de l’Église mormone vient témoigner de sa solidarité avec le peuple haïtien et de sa confiance dans l’avenir de ce pays. Aussi, avec les autres, le natif natal que je suis, dit « mèsi anpil » pour la marque de confiance et pour cette solidarité. Gageons que le peuple haïtien, habitué à la pluralité religieuse, accueillera cet édifice avec le respect et bienveillance.

Mia Love et Orrin Hatch: première républicaine Noire au Congrès et le retour d’un mormon à la tête de la commission des finance du Sénat

Titre long pour une note brève.

Mia Love

Je le concède, le truisme « rien ou peu de choses sont irréversibles en politique », que j’avais mis en avant dans ma précédente note, aurait pu s’appliquer à Mia Love: malgré les indicateurs que j’avais mis en avant, elle aurait pu échouer à battre Doug Owens qui, il faut le reconnaître, avait aussi des atouts. Mais ma note n’était pas non plus un coup de poker. Elle était bien étayée. Et les résultats des urnes ne m’ont pas fait mentir.

Mia Love embrassé par son père, Deseret News

Mia Love embrassé par son père, Deseret News

Que ce soit sur le site du Deseret News ou celui du Salt Lake Tribune, l’image qui prévaut pour les élections de mi-mandat en Utah est celle de Mia Love, entourée de sa famille, dont son père qui l’embrasse. Les parents de Mia Love et sa famille ont de quoi être heureux puisqu’elle vient non seulement d’être élue au Congrès, ce qui est déjà beaucoup pour une famille d’immigrés, mais qu’elle va marquer l’histoire aussi bien au niveau de l’Utah qu’au niveau fédéral.

Au niveau de l’Utah, Mia Love est la première Noire élue au Congrès. Elle est aussi l’autre nom du parachèvement de la « républicanisation » de l’Utah. Avec son élection, la délégation qui représentera l’Utah au Congrès, que ce soit au Sénat ou à la Chambre, est « rouge », entièrement républicaine. Cette délégation, issue d’un État plutôt conservateur et patriarcal, comprend une femme. Cela peut surprendre quand on méconnait l’Utah de voir une femme en politique et élue à une telle fonction; mais comme je l’ai expliqué dans ma précédente publication, ce n’est pas une nouveauté dans l’histoire de l’Utah.

Au niveau fédéral, Mia Love devient la première femme Noire du Parti républicain au Congrès, issue qui plus est de l’immigration. Tout un symbole pour le Parti qui s’oriente maintenant vers les élections présidentielles et qui veut s’adresser aux minorités.

La Commission des finances du Sénat

Avec la perte du Sénat, Harry Reid ne sera plus le chef de la majorité et de fait, ne sera plus le mormon le plus puissant du monde. Il passe dans l’opposition pour laisser sa place à Mitch McConnell, sénateur du Kentucky et évangélique affilié à la Convention des baptistes du Sud. La régression de Reid ne signifie pas pour autant que les mormons perdent en représentativité politique puisque Orrin Hatch est normalement le futur président de la Commission des finances du Sénat, poste stratégique par où passe deux tiers du budget des États-Unis. Hatch, qui de par son ancienneté deviendra aussi président par intérim du Sénat, ne sera pas le premier mormon à détenir la clé des finances américaines. Il aura probablement à cœur de marquer l’histoire économique du pays comme le fit un certain Reed Smoot, apôtre mormon, qui fut président de cette même commission de 1923 à 1933.

Ultra Violet: de la Factory d’Andy Warhol à une paroisse mormone

« Ultra Violet was Mormon??? » – Ultra Violet était mormone?, telle est la question, incrédule, d’un internaute sur Times and Seaons, un blog mormon.

J’avoue avoir été un instant tout aussi surpris de cette information. C’est pourtant vrai, Isabelle Collin Dufresne, cette franco-américaine qui nous a quittés le 14 juin dernier a évolué de la Factory d’Andy Warhol dont elle était une figure de premier plan à la fin des années 1960 au mormonisme en 1981.

Comme on peut le lire ici et là dans la presse, après une vie caractérisée principalement par la drogue, le sexe et tous les plaisirs ce qui accompagnent la célébrité des Sixties, Ultra Violet raconte avoir été gravement malade en 1973 au point de se vider de son sang. Admise à l’hôpital, elle a vécu une expérience mort imminente (EMI) ou expérience proche de la mort (Near Death Experience – NDE), pour utiliser l’expression anglo-saxonne, qui marquera le début de son évolution vers le mormonisme où elle a trouvé les réponses à ses questions existentielles.

Glen Nelson, son coreligionnaire et fondateur du collectif « Mormon Artists » à New York, se souvient d’elle dans une note comme « une des plus grands artistes de l’histoire de l’Église [mormone] » qui a même reçu la dotation, le rituel le plus important dans le temple mormon.

Mais, la mormone qu’elle était devenue ne semble pas avoir perdu sa capacité à surprendre. Nelson écrit qu’Ultra Violet lui a confié un jour avoir écrit une pièce où elle fait se rencontrer au ciel Andy Warhol, Adolf Hitler et Joseph Smith, le fondateur du mormonisme!

Quelques témoignages  où Ultra Violet évoque son passé d' »enfant prodigue » :

 

Interview donnée par Ultra Violet en français: http://www.ina.fr/video/I08085069

L’Utah, la (légalisation supposée de la) polygamie et l’AFP

Une information datée du 9 février de l’AFP, relayée sur la page YouTube de l’agence

…et sur Fait-religieux.com, notamment, voudrait nous apprendre que les mormons polygames peuvent désormais pratiquer la polygamie en toute légalité aux États-Unis.

Je n’ai pas besoin de revenir sur les imprécisions de la dépêche concernant l’appartenance religieuse de Joe Darger, ce polygame que nous commençons à connaître très bien maintenant, tant il est présent dans les médias. Retenons tout simplement qu’il s’agit d’une non-information.

Pourquoi? Ben, parce que:

1. Ce qui est rapporté n’est pas une nouvelle information mais quelque chose qui remonte au 13 décembre dernier (c’est indiqué dans la dépêche de l’AFP) suite à un jugement rendu par le juge Clark Waddoups, du district fédéral pour l’Utah, dans l’affaire Brown v. Buhman (2013). Je vous renvoie à ma note sur la question. C’est dans la foulée de cet arrêt qu’un autre juge de la même juridiction avait le 20 décembre 2013 enjoint l’Utah de reconnaître le mariage homosexuel (cf. ma note sur ce sujet aussi).

2. L’arrêt du juge Clark Waddoups, même s’il est un juge fédéral, concerne UNIQUEMENT la juridiction d’Utah… Eh oui, il faut savoir qu’ils ont beau être « juges fédéraux », certains juges sont nommés pour statuer pour une juridiction précise.

3. Immédiatement après son verdict, le juge Waddoups avait émis un « stay », c’est-à-dire qu’il a suspendu l’application de son jugement en attendant qu’il fasse l’objet d’un appel devant une juridiction supérieure (la Tenth Circuit Court of Appeals, la juridiction immédiatement avant la Cour Suprême fédérale). Or, à ce jour, cette juridiction n’a toujours pas rendu son jugement. Si c’était le cas, ce jugement aurait immédiatement été relayé par les organes de presse de l’Utah et aurait figuré sur le site de la juridiction.

Quelle est la source de l’AFP? Pourquoi vient-elle nous annoncer cette information maintenant? Et pourquoi voit-elle une application fédérale à une mesure qui concerne uniquement un État?

La source de l’AFP est certainement l’AP, l’Associated Press, l’équivalent de l’AFP outre-Atlantique: l’information figure sur plusieurs sites de presse américains. Je ne saurais dire pourquoi maintenant. Quant à la généralisation, il faut mettre ça sur le compte d’une méconnaissance des implications de ce jugement sur la société américaine s’il devait être confirmé par la cour d’appel. Et là aussi, je renvoie à ma note du 16 décembre.

« Survivalisme » ou l’art de la prévoyance chez les mormons

En passant

Ne perdez surtout pas votre temps à aller chercher le terme « survivalisme » dans le dictionnaire. Contrairement à « revival » ou « revivalisme« , cet anglicisme à la mode n’y a pas encore fait son entrée. Cela dit, on devine tout de suite que le mot a à voir avec la capacité de « survivre » en cas de catastrophes. Encore faut-il avoir anticipé, et donc, avoir vécu de manière prévoyante. Car n’est pas « survivaliste » qui veut. C’est un mode de vie; un art que cultivent les mormons depuis des décennies, même si cela a parfois été une raison de plus pour les faire passer pour des originaux apocalyptique auprès de ceux qui n’ont jamais connu de périodes difficiles (guerre, catastrophes naturelles occasionnant des pénuries, faillite financière, etc.).

Cela dit, le survivalisme a de plus en plus en plus le vent en poupe; il sort de sa situation d’activité d’endurance et de résistance en milieux hostiles pratiquée par des militaires, des campeurs pour intéresser un public beaucoup plus large. Et l’on cherche à savoir s’il n’y aurait pas quelques leçons à tirer de l’expérience et de l’expertise des mormons sur la question. Donc, oui, que peut-on apprendre des mormons en matière de prévoyance?

Tout d’abord, comme illustré à gauche, il faut savoir qu’il s’agit d’un concept qui va au-delà du simple fait de prévoir quelques denrées et cachets de survie. C’est quasiment un mode de vie associant temporel et spirituel qui incite les mormons à acquérir une formation professionnelle, des compétences qui permettent d’avoir un travail, quel que soit le domaine. Les missionnaires mormons enseignent cet impératif de formation au même titre que le spirituel. On peut dire que c’est mettre bout à bout deux paroles bibliques: celle qui consiste à dire que l’homme vivra à la sueur de son front – il doit travailler, l’oisiveté étant à bannir – d’une part, et, d’autre part, celle qui dit que l’homme ne vivra pas uniquement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Donc, pour les mormons, l’autonomie qu’apporte le travail, la quiétude qu’apporte le fait de pouvoir subvenir à ses besoins est essentiel si l’on veut être « disponible » spirituellement. C’est pour cela que, si le contexte le rend nécessaire, l’Église mormone dispose d’un Perpetual Education Fund (PEF) qui finance sous forme de prêt la formation des jeunes mormons dans les pays où l’accès à la formation n’est pas facile (Haïti, Brésil, Mexique, Philippines, par exemple).

La bonne tenue du budget est essentiel dans l’art de la prévoyance. Car chez les mormons, si l’oisiveté est à bannir, son corollaire c’est être en mesure de gérer son argent. On le verra tout à l’heure, mais si on ne peut pas gérer son argent, comment pourra-t-on « rationner » ses réserves pour tenir le plus longtemps possible dans les moments de pénurie?

Donc, une fois que l’on peut travailler, il est recommandé d’avoir une « gestion prévoyante » de ses ressources, ou « en bon père de famille » comme nous aimons le dire dans notre société patriarcale comme si les femmes ne pouvaient pas avoir une bonne gestion! Paradoxalement, ce sont en majorité les femmes qui tiennent les budgets des ménages dans le mormonisme. Cette gestion prévoyante suppose que le mormon ait un budget qu’il respecte scrupuleusement. Il évitera donc de s’endetter, sauf pour l’achat d’une maison, d’une voiture pour le travail… A côté de cela, il lui est recommandé d’essayer de se constituer une épargne d’urgence pour palier les difficultés passagères (la voiture qui tombe en panne, petits problèmes de santé pour lesquels ils faut avancer les frais, appareils électroménager qui rendent l’âme, etc.). Le feu président Gordon Hinckley avait jadis recommandé à ce que cette épargne soit de l’ordre de deux mois de salaire dont on peut disposer à tout moment. Tout n’y est pas mais on peut trouver sur le blog de cette mormone que je me ferai un plaisir de vous présenter un jour (patience, patience), « la sorcière du logis« , un exemple – aucune valeur empirique certes, mais c’est déjà un début d’application de la tenue du budget chez les mormons.

La tenue du budget n’est pas seulement des prêches que l’on dit. Il y a une application concrète: les responsables locales du groupe des femmes dans l’Église mormone, la Société de secours, se charge de sensibiliser et former les « sœurs » ayant un peu de mal à établir et à tenir un budget. Certaines de leurs réunions à thème sont orientées vers des sujets pratiques de ce genre.

Dans l’élaboration du budget, il est recommandé qu’il y ait une ligne « réserves ». Cela touche à directement à la partie alimentaire du « survivalisme ». Faire des réserves dans l’Église mormone consiste à suivre la recommandation – pas une obligation – de stocker l’équivalent d’un mois à une année de denrées alimentaires et de survie là où cela est autorisé et possible. Avant d’arriver aux détails des réserves, il faut souligner plusieurs obstacles à sa mise en application parmi lesquels la contrainte de/du:

  • la place: même s’il y a eu de grandes avancées dans la conservation des denrées (réduction du volume), il devient très vite compliqué pour stocker des céréales et graines sur un an pour quatre ou cinq personnes. Cela peut l’être aussi pour un couple ou une personne lorsque le logement est un petit appartement. Certains mormons sont passés maîtres en matière de rentabilisation de l’espace (stockage sous les lit, par exemple), mais quand même.
  • rotation: cela demande un inventaire à jour de ce que l’on a, des dates de péremptions,
  • conditions de conservation: un lieu humide, sous le lit par exemple, ne permet pas de conserver de la même manière qu’un lieu sec, cela quel que soit la date de péremption
  • coûts: pas toujours possible et ce n’est pas recommandé même on pouvait se le permettre, de constituer une année de réserve en une fois. Quand on a les moyens pour le faire, il y a le risque d’avoir des dates de péremptions trop rapprochées, même si on peut introduire progressivement une diversification à travers la rotation. Et puis, il y a le risque du « feu de paille »: un jeune converti mormon qui s’enthousiasme à constituer une année de réserve peut aussi s’en lasser rapidement avant même d’intégrer pleinement la culture de prévoyance mormone. Cela se fait un peu moins mais une façon dont les mormons réduisent ces coûts consiste à faire des achats groupés auprès du producteur du coin ou du commerçant.

Passons maintenant à la constitution des réserves. Attention, en plus de cette note, plutôt, cela peut être très chronophage! Pour gagner du temps, je ne vais pas réécrire ce qui l’a déjà été. En plus du site dédié de l’Église mormone, très élaboré, je vais donc faire une longue citation de la note « Les Mormons et la préparation », publiée en 2010 sur ce blog, en espérant que son auteur ne s’y opposera pas:

« Les chiffres qui suivent, concernent le minimum de stock que l’église LDS (latter-day Saints) recommande pour une base d’un an d’autonomie et pour 2 personnes. Même si ces chiffres semblent parfois exorbitant, ils démontrent cependant que le stockage long terme est une affaire de planification, et nous donnent un aperçus très intéressant de nos quantités de consommation sur une année.
-Grains
130 kilos de blé.
25 kilos de farine.
25 kilos de farine de mais.
22 kilos de flocons d’avoine.
45 kilos de riz.
25 kilos de pâtes.
-Légumes.
27 kilos d’haricots secs.
10 kilos de graines de soja.
4 kilos d’haricots de Lima.
4 kilos de petits pois.
4 kilos de lentilles.
4 kilos de soupe lyophilisée.
27 kilos de mais.
27 kilos de pois.
27 kilos d’haricots vert.
27 kilos de carottes.
35 kilos de pommes de terre.
4 kilos d’oignons.
18 kilos de tomates.
 -Gras et huiles.
15 litres d’huile végétale.
15 litres d’huile d’olive.
4 kilos de matière grasse.
3 kilos de mayonnaises.
4 kilos de beurre de cacahuète.
-Produits laitiers.
 55 kilos de lait en poudre.
25 boites de lait condensé non sucré.
10 kilos d’autres produits laitiers (fromage…).
-Sucres.
3 kilos de miel.
36 kilos de sucre.
3 kilos de sucre de canne.
1 kilo de mélasse.
3 kilos de confitures.
5 kilos de boissons en poudre.
 -Essentiel.
1 kilo de levure chimique.
1 kilo de bicarbonate de soude.
500 grammes de levure.
5 kilos de sel.
4 litre de vinaigre.
-Fruits.
 35 kilos de compote de pommes.
27 kilos de bananes chips.
35 kilos de jus de fruits.
35 kilos de fruits en conserves.
 -Eau.
 1200 litres d’eau. »
Bon courage à qui envisageait de tout faire une fois!
Vous ne le trouvez pas dans la liste la pièce qui fait office de bunker car c’est surtout une spécificité américaine et des pays sujets aux tornades, que l’on trouve certes dans la version du « survivalisme » qui prépare la fin du monde.
Par contre, en plus des réserves, il ne faut pas oublier le « sac de survie »! Et, là aussi, je vais vous rediriger vers ce que j’ai trouvé de mieux là-dessus, en soulignant qu’on peut avoir un sac pour chaque membre d’une famille, que j’ai entendu des mormons dire avoir mis chaque objet dans un petit sac plastique, le tout dans un grand sac poubelle, et ensuite dans le sac à dos. Pour le contenu du sac, il faut suivre ce lien (en anglais). Bémols pour la quantité d’eau préconisée: il va de soit que dans un sac de survie, deux litres d’eau suffisent à transformer le tout en élément de sherpa. A défaut de bouteilles, les mormons prennent plutôt des cachets pour purifier l’eau.
Il faut noter qu’il y a toute une industrie des réserves (tout comme du mariage d’ailleurs) en Utah. On y trouve les institutions rattachées à l’Église mormone mais aussi des particuliers qui vendent toutes sortes de produits et de denrées de survie. Une petite visite de ces magasins et des sites internet liés à la montée en puissance du « survivalisme » permet de constater les progrès faits dans ce domaine. Par exemple, au lieu d’avoir à stocker des tonnes d’eau, on peut maintenant se procurer des pastilles et des filtres très puissants qui assainissent à peu près tout.
Comme je l’ai indiqué précédemment, même s’il est lié au spirituel, la constitution des réserves (alimentaires et financières) n’a pas valeur de commandement dans l’Église mormone. C’est une recommandation. Elle n’est donc pas appliquée de manière uniforme. Certains évêques, sensibles à cela, peuvent s’emparer de la question en faisant un recensement (des personnes et des moyens), mettre en place une formation et un calendrier pour accompagner le plus possible de ses ouailles vers la constitution d’un, deux, trois mois ou un an de réserves, en fonction des moyens de chaque fidèle. L’intérêt de l’évêque en faisant cela est de savoir qui, dans sa paroisse, est autonome en cas de sinistres et qui pourrait avoir besoin de son aide et de pouvoir intervenir efficacement selon les instruction de l’Église.
Je finirai cette note en revenant sur l’incompréhension qui a souvent guidé le regard sur la prévoyance chez les mormons. Le fait que ce soit un groupe religieux dont une partie du nom même (« derniers jours ») dit le millénariste a en effet souvent conduit à la conclusion qu’ils ne sont ni plus ni moins que des croyants qui attendent la fin des temps. C’est une conclusion trop simpliste car, primo, malgré leur nom officiel, saints des derniers jours, si les mormons ont une culture millénaristes, comme toutes les religions judéo-chrétiennes, ils ne vivent pas en se disant que la fin du monde c’est pour demain. Ils sont plus dans une logique du « nous sommes dans les derniers temps ». N’allez pas leur demander des précisions, ils vous diront que même Jésus n’a pas été dans le secret de Dieu sur ce point. Donc, si la croyance et la théologie mormone ne peuvent pas expliquer leur culture de la prévoyance, il faut chercher la réponse ailleurs, dans l’histoire du mormonisme. Et là, je vous invite à prendre (ou reprendre) connaissance de ce que j’ai posté ici et là sur ce blog, notamment le B-A Ba du mormonisme, L’éthique mormone du travail, celle-ci et celle-là.

The Economist vient de publier « The Mormon Way of Business« . Rien de nouveau si ce n’est l’occasion de rappeler cette note de fin 2010.

Mormonisme & Sociétés

Quelqu’un a porté à ma connaissance le weekend dernier un article du Newsweek censé aider à comprendre « Comment l’Utah est devenu la Sion économique » des mormons. L’article rend compte d’une insolente croissance annuelle de 3.5% (loin devant la France!) faisant de l’Utah le deuxième État américain à prospérer alors même que nous sommes en période de crise économique. L’auteur de l’article y démontre que les classiques démographiques et culturelles (État créé par les mormons, qui ne fument pas, ne boivent pas, qui représentent encore 60% de la population, etc.) souvent perçues comme autant de freins à l’économie sont en réalité des facteurs positifs.

Il va de soi que pour afficher une croissance de 3.5%, l’Utah attire des investisseurs et des entreprises. Et il en attire beaucoup. Lors d’un séjour de recherche au mois d’août, j’avais appris que l’entreprise Adobe prévoyait de s’y installer. Information confirmée dans l’article. On y apprend…

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Mariage homosexuel en Californie, la présidentielle US et la Cour Suprême

J’étais dans le bureau du sénateur sortant de l’Utah, Robert (Bob) Bennett, en août 2010 lorsque la décision du juge Vaughn Walker sur l’inconstitutionnalité de la Proposition 8 fut annoncée. Pour rappel, la Proposition 8 (Prop 8) est un amendement introduit dans le Code de la Famille de la constitution californienne (chaque état américain à sa propre constitution) et qui dit:

« Seul le mariage entre un homme et une femme est valable et reconnu en Californie ».

Précédemment Proposition 22, le projet de loi a été présenté par une coalition religieuse dont l’Église mormone. Elle a changé de numéro en cours de route pour devenir la Proposition 8, soumise aux électeurs californiens et validée pour la seconde fois par ceux-ci en novembre 2008, au moment de l’élection présidentielle.

Les membres de la LGBT (association des Lesbiens, Gays, Bi et Transexuels) de Salt Lake City avait accueilli avec la joie la décision du juge Walker en 2010: ils s’étaient rendus au pied du Capitole pour fêter ça par un « Kiss-in ». Toutefois, leur joie ne devait être que temporaire: on savait, pour plusieurs raisons, que les défenseurs de la proposition allaient faire appel. Les deux principales motivations à l’appel étaient: 1) l’orientation sexuelle du juge Walker, lui-même homosexuel, et surtout, 2) l’objectif des pro et anti-Prop 8 d’en faire un « test case », c’est-à-dire, en faire un « cas type » que l’on va présenter devant toutes les juridictions jusqu’à la Cour Suprême des États-Unis.

Or, nous apprenons aujourd’hui qu’un panel de trois juges fédéraux de la neuvième juridiction d’appel (United States Ninth Circuit Court of Appeals) vient de confirmer la décision rendue par Walker en 2010, autorisant de fait par 2 contre 1 le mariage entre personnes du même sexe en Californie. Soulignons que l’opinion minoritaire et divergente de la décision d’inconstitutionnalité rendue aujourd’hui a été portée par le juge conservateur Randy N. Smith, ancien étudiant de la BYU nommé en 2007 à la neuvième juridiction par George W. Bush.

Il n’y a encore rien d’officiel quant aux suites au moment où je mets cette note en ligne. Cependant, comme je viens de le dire, Prop 8 est un « cas type »; c’est aussi l’un cas qui clive la société américaine, à l’instar du droit à l’avortement. Il s’était déjà imposé pendant l’élection présidentielle en 2008: le candidat Obama avait dû prendre position pendant la campagne et, devenu président, il a fait retirer la loi « don’t ask, don’t tell » qui interdisait d’aborder la sexualité des homosexuels dans les forces armées américaines. Avec la décision de la cour d’appel, il y a fort à parier que la question va à nouveau s’imposer dans les différentes campagnes présidentielles, primaires et élections générales, avant même d’arriver devant les juges de la Cour Suprême.