Mia Love et Orrin Hatch: première républicaine Noire au Congrès et le retour d’un mormon à la tête de la commission des finance du Sénat

Titre long pour une note brève.

Mia Love

Je le concède, le truisme « rien ou peu de choses sont irréversibles en politique », que j’avais mis en avant dans ma précédente note, aurait pu s’appliquer à Mia Love: malgré les indicateurs que j’avais mis en avant, elle aurait pu échouer à battre Doug Owens qui, il faut le reconnaître, avait aussi des atouts. Mais ma note n’était pas non plus un coup de poker. Elle était bien étayée. Et les résultats des urnes ne m’ont pas fait mentir.

Mia Love embrassé par son père, Deseret News

Mia Love embrassé par son père, Deseret News

Que ce soit sur le site du Deseret News ou celui du Salt Lake Tribune, l’image qui prévaut pour les élections de mi-mandat en Utah est celle de Mia Love, entourée de sa famille, dont son père qui l’embrasse. Les parents de Mia Love et sa famille ont de quoi être heureux puisqu’elle vient non seulement d’être élue au Congrès, ce qui est déjà beaucoup pour une famille d’immigrés, mais qu’elle va marquer l’histoire aussi bien au niveau de l’Utah qu’au niveau fédéral.

Au niveau de l’Utah, Mia Love est la première Noire élue au Congrès. Elle est aussi l’autre nom du parachèvement de la « républicanisation » de l’Utah. Avec son élection, la délégation qui représentera l’Utah au Congrès, que ce soit au Sénat ou à la Chambre, est « rouge », entièrement républicaine. Cette délégation, issue d’un État plutôt conservateur et patriarcal, comprend une femme. Cela peut surprendre quand on méconnait l’Utah de voir une femme en politique et élue à une telle fonction; mais comme je l’ai expliqué dans ma précédente publication, ce n’est pas une nouveauté dans l’histoire de l’Utah.

Au niveau fédéral, Mia Love devient la première femme Noire du Parti républicain au Congrès, issue qui plus est de l’immigration. Tout un symbole pour le Parti qui s’oriente maintenant vers les élections présidentielles et qui veut s’adresser aux minorités.

La Commission des finances du Sénat

Avec la perte du Sénat, Harry Reid ne sera plus le chef de la majorité et de fait, ne sera plus le mormon le plus puissant du monde. Il passe dans l’opposition pour laisser sa place à Mitch McConnell, sénateur du Kentucky et évangélique affilié à la Convention des baptistes du Sud. La régression de Reid ne signifie pas pour autant que les mormons perdent en représentativité politique puisque Orrin Hatch est normalement le futur président de la Commission des finances du Sénat, poste stratégique par où passe deux tiers du budget des États-Unis. Hatch, qui de par son ancienneté deviendra aussi président par intérim du Sénat, ne sera pas le premier mormon à détenir la clé des finances américaines. Il aura probablement à cœur de marquer l’histoire économique du pays comme le fit un certain Reed Smoot, apôtre mormon, qui fut président de cette même commission de 1923 à 1933.

Les mormons et la politique aux États-Unis

Quelques lignes depuis Salt Lake City où je suis arrivé mercredi dernier, après quatre jours en Floride.

Outre ce texte, « De l’influence mormone dans la politique étrangère d’une éventuelle administration Romney« , publié par l’Observatoire géopolitique du religieux de l’IRIS, j’avais accordé deux interviews avant mon départ pour observer les élections américaines. On trouvera un court extrait du premier entretien dans cet article de Metro intitulé « Mitt Romney, un mormon en route vers la Maison-Blanche » (sic). Je ne m’attarde pas sur les détails liés à la façon dont je suis cité.

Le deuxième article, sur lequel je souhaite dire deux ou trois choses, est l’extrait d’un entretien téléphonique accordé à Claire Friedel, de l’agence SIPA. L’article est disponible en ligne sur le site du Nouvel Obs: « Les mormons, une force politique modeste, mais réelle aux États-Unis« . Pour une fois, je n’ai rien à reprocher à la journaliste. Peut-être est-ce parce qu’elle a gratifié mon égo en me citant longuement et, chose très importante, sans prendre des libertés avec mes propos.

Mes remarques porteront donc sur la perception possible d’un désaccord avec Lauric Henneton, l’autre chercheur cité dans l’article. En réalité, je suis plutôt d’accord avec lui pour dire que démographiquement, les mormons sont « une force […] modeste » dans la vie politique américaine. L’article cite d’ailleurs la proportion de mormons recensés dans le pays. Je concoure également à l’affirmation qu’ils n’ont pas le poids des évangéliques ou des catholiques. Cependant, et on le sait bien, la force politique n’est pas toujours sujet à une représentation démographique importante. Elle est surtout sous condition de moyens et de culture d’engagement. Quand on aborde la réalité politique du mormonisme à l’aune de ces éléments, on se rend compte que la marginalité ne se trouve pas dans l’Amérique institutionnelle. J’entends par là les fonctions électives et administratives les plus importantes dans le pays, que ce soit au niveau local, dans les États de l’Ouest étasunien, que fédéral.

Thomas Monson et Dallin Oaks remet à Obama sa généalogie

Et c’est là le grand paradoxe! On persiste à dépeindre les mormons comme « exotiques »,  sectaires, repliés entre les Rocheuses de l’Ouest alors qu’en réalité, ils sont présents dans toutes les couches sociales de la société américaine. Surtout, comme en témoigne cette photo (à gauche) où l’on voit le prophète de l’Église mormone, Thomas Monson (centre), accompagné par l’apôtre Dallin Oaks (droite de la photo), remettre à Barack Obama sa généalogie en présence de Harry Reid (à gauche), mormon et patron de la majorité démocrate au Sénat et de Joshua Dubois, cela fait longtemps que l’Amérique institutionnelle n’a plus peur des mormons.

Romney 2012: c’est parti?

Pour ceux qui comprennent l’anglais, permettez-moi de vous proposer la vidéo de l’annonce officielle de la candidature de Mitt Romney pour l’investiture du Parti républicain et pour déloger Obama de la Maison Blanche en 2012.

Petit décodage rapide

L’annonce a été faite à Stratham, dans le New Hampshire (État stratégique pour bien débuter la campagne), sur la propriété de Doug Scamman, un élu local. Le nom de la propriété, Bittersweet Farm, est à retenir pour la suite.

Romney est présenté par sa femme, Ann et non pas par celui qui l’accueil. Ann a pris le soin de rappeler la stabilité de leur mariage issu d’une fréquentation qui date du lycée (surveillez mon regard), de parler de leur grande famille, de citer deux ou trois mots-clés (crisis, fix, broken turnaround, competence, experience), etc. Romney a, pour sa part, rappelé à son auditoire qu’ils détiennent le pouvoir [qu’il vient leur demander] pour redonner espoir (Believe in America) et réparer l’Amérique à laquelle Obama a failli.

En rendant officiel sa candidature depuis une ferme, Romney débute sa campagne en montrant un ancrage local pour s’adresser à « l’Amérique profonde » et diverses, celle loin des soucis de Washington, selon lui. Cet ancrage local, loin d’être une nouveauté, fait partie d’une stratégie de communication mise en place depuis quelques années maintenant.

Suite logique du retrait de 2008

Je disais en effet dès 2008 que le retrait de Mitt Romney de la campagne pour l’investiture pour le Parti Républicain ne devait pas être interprété comme un échec. La raison est qu’il n’avait pas jeté l’éponge mais se lançait dans une stratégie à long terme (note en anglais) qui devait lui permettre d’occuper le terrain pour remporter l’investiture pour 2012.

A la considérer sous cet angle, l’annonce officielle de sa candidature n’a rien d’une nouveauté. C’est l’aboutissement logique du pari qu’il a fait en « cessant » sa campagne officielle en 2008 mais qu’il a continuée officieusement en se montrant bon soldat du parti. J’avais évoqué dans ma note sur sa stratégie qu’il avait commencé à se montrer bon soldat en soutenant son rival John McCain. Mais ce n’est pas tout. Il a jeté toute sa force dans les dernières batailles politiques, notamment en soutenant financièrement les républicains qui se présentaient aux gouvernorats et aux élections de mi-mandats pour le Congrès.

Récemment encore, alors que les sondages le donnaient déjà en tête dans les États cruciaux pour remporter l’investiture du parti, Romney a fait une démonstration de force en levant plus de 10 millions de dollars en un jour, rien que ça ! Cette capacité à lever des fonds, l’expérience acquise ses dernières années, le fait que Mike Huckabee (pasteur baptiste et principal rival de Romney pour le vote des Évangéliques) ne se présente pas cette fois sont autant d’éléments ouvrant un boulevard pour conduire Romney à l’investiture du GOP. Quasiment tous les sondages (disponibles sur RealClearPolitics) sur les possibles prétendants GOP le donnent en tête; même si la partie est loin d’être gagnée.

Mitt Romney et ses vieux démons

Il reste en effet à Romney à affronter ses vieux démons politiques, à franchir les obstacles et embuches qui jalonnent le boulevard qui se présente devant lui. Son équipe de campagne affirme avoir appris des erreurs du passé et qu’elle est prête à contrer efficacement les attaques contre leur poulain. Pour l’instant, rien sur le terrain ne démontre cela. Pour preuve, Romney n’a toujours pas convaincu l’électorat anti-programmes sociaux du gouvernement fédéral en quoi son programme de santé dans le Massachussetts est différent de ObamaCare (en anglais).

Il y a certes très peu de chances de voir resurgir les accusations de manque de stabilité dans ses convictions politiques (flip-flopper). Mais Romney devra à nouveau convaincre l’électorat évangélique-conservateur qu’il n’est pas le Grand Satan du fait de son mormonisme.  Même s’il a été accueilli favorablement par certains conservateurs, son discours sur la religion au Texas n’a pas été suffisant pour enlever les doutes quant à son christianisme, élément essentiel pour qui veut occuper la Maison Blanche (Barack Obama en sait quelque chose).

De même, l’absence de Mike Huckabee – qui avait lancé en 2008 la question innocente (?) mais politiquement mortelle, « les mormons ne croient-ils pas que Satan et Jésus sont frères? » – ne signifie pas qu’il n’y aura pas quelqu’un « plus chrétien que le Christ » pour rappeler aux Évangéliques que les mormons sont de « dangereux » soldats du Grand Satan. En témoigne la charge violente du journaliste évangélique Warren Cole Smith (en anglais) la semaine dernière. Pour ce dernier, voté Romney c’est voté pour l’Église mormone, ce qui, par définition pour les Évangéliques, est un vote pour… le camp de l’anti-christ.

Bien entendu, Warren Smith n’a pas relevé que les « dangereux mormons » sont déjà partout à Washington, y compris à la tête du Sénat (rappel: Harry Reid, Sénateur démocrate du Nevada et patron du Sénat, est un converti mormon) et qu’ils doivent attendre le « go ahead » (feu vert) de leur prophète pour prendre le contrôle de l’Amérique.

Trêve de plaisanterie. Il y a, à l’évidence, une stratégie de la peur à l’ouvre pour s’assurer que Romney subisse un « teste religieux », ce qui est contraire à la Constitution des États-Unis. Comme le rappelle le journaliste Tim Rutten du L.A Times du 1er juin, l’article VI de la Constitution, écrit avant le Premier Amendement, que la religion ne saurait être un critère pour prétendre à une fonction publique aux États-Unis.

On a déjà entendu ce rappel de par le passé (en 2008 pour Romney et dans le cas de Kennedy*) mais le fait d’avoir à le faire à nouveau montre à quel point la religion s’est imposée dans le paysage politique américain et combien les Américains sont sélectifs dans le culte qu’ils vouent à la Constitution. Pour eux, du moins les conservateurs, elle est sacrée, les Pères ont été inspirés pour la rédiger… pour autant que celui ou celle qui réclame sa protection s’inscrit est accepté/e dans l’exclusivité religieuse en place. Elle ne s’applique pas dans les autres cas. Néanmoins, la réalité politique actuelle montre que le Parti Républicain n’a pas de meilleur poulain que Romney pour concourir contre Obama. Donc, si Romney remporte l’investiture républicaine cette fois, les Américains auront à choisir entre deux candidats labellisés « Anti-Christ »: Barack Obama et lui.

* Ironie de l’histoire: le sénateur Edward Kennedy avait attaqué Romney sur ses croyances en 1994 alors que Romney essayait de le déloger du Sénat.

Harry Reid: mormon de l’année… dans la tourmente

harryreid_190.jpgComme à chaque début d’année, les blogueurs mormons outre-Atlantique viennent de désigner la personnalité mormone qui aura le plus marqué les esprits. Il s’agit d’une « reconnaissance » qui n’a aucune valeur « officielle ». Elle a déjà été accordée par le passé à Stephenie Meyer (auteure de Twilight dont j’ai parlé dans une précédente note), le sénateur mormon Orrin Hatch (républicain) et Elisabeth Smart, cette jeune mormone qui avait été kidnappée en 2002 et qui doit être actuellement missionnaire pour l’EDJSDJ à Paris.

Pour 2009, c’est le patron du Sénat américain, Harry Reid, la « Personnalité mormone de l’année ». On considère qu’il a été le mormon le plus influent en politique à travers le monde. Même si ces idées politiques ne font pas consensus dans le mormonisme (voir plus bas), on apprécie sa ténacité à faire passer les projets du parti démocrate, en particulier le controversé projet de loi sur la santé.

Mais il n’y a pas que des mormons qui soient satisfaits du travail de Reid au Congrès. Le New York Times (NYT) du 25 décembre 2009 note l’ascension de Reid vers les sommets politiques pour avoir réussi à rassembler les 60 votes nécessaires au passage du projet de loi sur la santé . Ceux qui ont suivi l’évolution des débats savent combien la tâche était ardue. Il doit sa réussite à son talent de négociateur discret, capable d’appliquer le principe de compromis qui caractérise le système politique américain.

Qui est Harry Reid?

C’est le seul mormon qui ait accédé à ce jour à une telle fonction dans le paysage politique américain. Contrairement à bon nombre de mormons au Congrès, Reid n’est pas né dans le mormonisme. C’est un converti; et, chose très importante, il est démocrate, une espèce en voie de disparition dans le mormonisme. Je l’ai brièvement mentionné dans la note « Voyageons un peu » dans laquelle j’aborde la présence mormone en politique.

D’accord, c’est un démocrate du Sud (Nevada) qui n’est pas toujours en phase avec la ligne « liberal » (à comprendre dans le contexte américain) de son parti (voir par exemple sa position sur l’avortement). Mais Reid n’est pas toujours en phase avec le positionnement politique du mormonisme non plus. Car si pour la majorité des mormons de l’Utah il y a incompatibilité à être démocrate et mormon, Reid affirme que « il est beaucoup plus aisé d’être bon mormon et démocrate que d’être bon mormon et républicain » (lire/écouter l’interview en anglais).

Également incompatible avec les croyances mormones est le fait que Reid soit un ardent défenseur des loteries et jeux de hasard,  essentiels à l’économie de son État. En cela, il fait passer les intérêts de ses concitoyens avant ses croyances. Paradoxalement, Reid n’a aucun état d’âme à s’éclipser de débats d’une extrême importance au Sénat pour mission_0031.jpgaccueillir des missionnaires mormons au Congrès. Juste avant Noël, avant même de voter le projet de loi sur la santé, avec d’autres élus mormons du Congrès, il a pris le temps d’adresser la parole à des missionnaires travaillant dans la région de Washington D.C.

Sur la photo de droite, de Meridian Magazine: Reid et le délégué de Samoa,  Eni Faleomavaega (mormon et démocrate aussi) lors de la rencontre avec les missionnaires.

Reid dans la tourmente

Des élus mormons, dont le patron du Sénat, qui délaissent leur travail pour accueillir des missionnaires de leur Église au sein même de l’assemblée législative du pays? Impensable chez nous! On dirait la république en danger. Je n’ai pas eu échos d’une quelconque critique sur le sujet. Ce qui a défrayé la chronique et qui a valu une demande de démission de Harry Reid ce sont les mots qu’il a utilisés en 2006 pour inciter Barack Obama à se présenter aux élections présidentielles. Selon Reid, Obama avait toutes ses chances d’être le premier président noir/métis (chacun choisira) des États-Unis parce qu’il a « la peau claire » et n’a « pas l’accent de nègre, à moins de faire exprès ». On a crié au racisme. Le patron du parti républicain, Michael Steele (également noir), a demandé la démission de Reid.

Les dirigeants de l'Eglise mormone remettent à Barack Obama sa généalogie en présence de Harry Reid

L’utilisation du mot « nègre » choque parce qu’il vient d’un blanc et aussi parce qu’on est en contexte américain. Tout comme pour « racaille » chez nous, là-bas, n’importe qui ne peut pas dire « negro » ou « nigga »; ce sont des mots culturellement marqués. Mais rares sont ceux qui ont observé qu’au-delà du mot, Harry Reid encourageait Obama à se présenter. On note qu’il travaille étroitement avec Obama depuis son élection. Il était présent lorsque l’EDJSDJ a officiellement remis à Barack Obama sa généalogie, chose qu’il a facilitée.

Alors, Harry Reid est-il raciste? Le lien est facile avec la pratique d’exclusion des noirs de la prêtrise dans l’EDJSDJ jusqu’en 1978 (voir note « Image et internationalisation du mormonisme« ). Selon un article du NYT, pour calmer le jeu, il a présenté ses excuses à Obama. Bien que jugeant la remarque « regrettable », Obama a accepté les excuses en lui renouvelant son amitié et sa confiance, avant de conclure que « l’affaire est close ».

A lire également sur la polémique Reid et le N-word (N pour « Negro », bien sûr; le mot que l’on ne prononce pas):

Mormonisme et les Obama: petite dose de rappel

michelle+obama+lds+church.jpgLe 6 juin dernier, j’intitulais ma note « Tout le monde en pince pour Obama, les mormons aussi« . J’avais évoqué pour ce faire le score de Barack Obama en Utah par rapport aux précédents candidats démocrates. J’y avais également fait état de sa généalogie, sujet dont j’ai parlé par ailleurs sur ce blog.

Il s’agit aujourd’hui de rendre compte d’une petite piqure de rappel mettant en évidence cette appréciation des mormons pour la première famille américaine. Après Barack Obama, c’était le tour de Michelle, son épouse, de recevoir une compilation de sa généalogie de la part des représentants de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (EDJSDJ). Selon les informations de la Salt Lake Tribune, la Maison Blanche a confirmé la rencontre, mais a refusé d’en montrer des photos. La photo postée à droire, moins récente, a été prise lors d’une autre rencontre entre Michelle Obama et deux apôtres (Russel M. Ballard, à droite; Quentin L. Cook, à gauche) de l’Eglise lors d’une visite en Utah.

La compilation généalogique, appelée depuis peu « histoire familiale » par les mormons, a été remise par l’apôtre Dallin H. Oaks et Julie B. Beck, présidente de la Société de Secours, l’organisation regroupant les femmes dans l’EDJSDJ. Le fait d’associer une dirigeants de l’Eglise a cette rencontre officielle mériterait une réflexion particulièrement mais je n’ai pas le temps de m’y attarder maintenant.

Harry Reid, que je ne présente plus ici, qui a remis une photo de la rencontre mais sur laquelle ne figure pas Michelle Obama, a également été de la partie.

Il est à rappeler que c’est devenu une tradition, débutée avec Bill Clinton, pour l’EDJSDJ de remettre aux présidents américains une compilation de leur généalogie / histoire familiale.

Voyageons un peu : destination les îles du Pacifique, puis les États-Unis

Si vous pensiez à des vacances de rêve sur les belles plages d’Honolulu et à apprécier la nature paradisiaque de Samoa avec ses hommes aux musculatures exceptionnelles (pour les dames), c’est raté. Car notre voyage (virtuel, faut-il le dire) à pour but de faire réfléchir ; et si vous voulez profitez du titre de cette note pour vous évader et oublier pendant quelques instants la morosité ambiante, alors FONCEZ.

Vous est-il déjà arrivé de vous arrêter à la fin d’un paragraphe et de vous interroger sur les protagonistes et leurs rôles ? Cela peut être d’autant plus troublant que le texte ne semble pas présenter de difficulté particulière au premier abord, et que vous êtes un bon lecteur. C’est le genre de papier que les lecteurs du Church News de l’EDJSDJ ont le samedi 17 janvier 2009 sous le titre « Honolulu mayor honors his Samoan heritage (Le maire d’Honolulu rend hommage à ses origines Samoans) ». Aucune difficulté dans le titre. Par contre, le premier paragraphe de l’article qui ne fait que quatre lignes nécessite au moins deux lectures pour commencer à comprendre qui est qui et qui fait quoi. Traduction :

« Deux mois après son écrasante victoire pour un second mandat en tant que maire de la ville et du comté d’Honolulu, Mufi Hannemann, ancien membre du grand conseil du pieu d’Honolulu à Hawaii, a prêté serment le 2 janvier devant le juge Bode A. Uale, président du pieu d’Honolulu, Hawaii ».

Dans la mesure où le journal Church News s’adresse à un public mormon, il utilise un vocabulaire spécifique au mormonisme[1] par lequel on présente un peu le maire et le juge qui l’installe. Et, que constate-t-on ? Le maire reconduit et le juge qui l’installe dans ses fonctions sont tous les deux mormons ; ils ont œuvré ou œuvrent encore au sein de l’EDJSDJ. Une situation cocasse et atypique. On a l’impression d’être en Utah. Comme on le lit plus loin dans l’article, les deux hommes partagent aussi la même origine.

L’article renvoie à deux aspects du mormonisme : son expansion à travers le monde et son intérêt pour la politique.

L’expansion ou la globalisation du mormonisme est un sujet qui revient souvent et qui s’accompagne d’un problème quasi insoluble pour l’ÉDJSDJ : c’est une religion qui fait des convertis à tour de bras mais qui les perd quasiment aussi vite qu’elle les a gagné. J’ai déjà parlé de ce problème par ailleurs (voir note du 2/06/2008) et ne souhaite pas m’y attarder ici, si ce n’est pour rappeler quelques faits historiques et donner quelques chiffres concernant le mormonisme dans les îles du pacifique qui nous intéressent.

La Polynésie française fut la porte d’entrée de l’ÉDJSDJ dans le Pacifique. Les premiers missionnaires y débarquèrent en 1843. Sept ans plus tard, l’Église comptait près de 2 000 convertis dans les îles de la Polynésie. Face à un tel succès, le successeur de Joseph Smith, Brigham Young décida d’étendre la prédication aux autres îles du Pacifique, en commençant par Hawaii en 1850. Les premiers missionnaires y rencontrèrent quelques difficultés d’acculturation liées notamment au climat et à la maîtrise de la langue. Mais une fois ces difficultés surmontées, le succès fut rapide : on estime à environ 3 000 le nombre de convertis en 1854.

D’Hawaii, l’ÉDJSDJ se répandit dans tout le Pacifique ; son implantation à Samoa débuta en 1863. La croissance de l’Église parmi les peuples de la région fut dynamisée par  plusieurs prophéties de Tohungas (prêtres tribaux Maori) dans le pacifique sud et, surtout à partir de 1881 avec une prophétie du Tohunga Paora Potangaroa[2]. Vers 1892, près de 10% des Maori s’étaient convertis au mormonisme.

La croissance initiale de l’ÉDJSDJ dans les îles du pacifique lui permet aujourd’hui de jouir d’une visibilité exceptionnelle dans la région. Elle se traduit par le nombre de ses congrégations, de temples et d’autres institutions dans les principales îles comme indiqué dans le tableau ci-dessous :

Îles Congrégations Temples Autres
Hawaii 131 2 : Laie, Kona Centre Culturel Polynésien (PCC)
Samoa 170 : (Samoa U.S : 36 ; Samoa : 134) 1 : Apia
Tonga 164 1 : Nuku’alofa Liahona High School
Fidji 44 1 : Suva
Tahiti 82 1 : Papeete
Kiribati 28 Moroni High School

La visibilité de l’EDJSDJ dans la région ne se mesure pas seulement en termes d’institutions et d’infrastructures. Les fidèles de l’Église mormone sont dans toutes les couches sociales des populations polynésiennes. Et, c’est par leur truchement que l’Église trouve sa place dans les instances politiques de la région comme l’illustre l’article mentionnée plus haut.

Il n’y a qu’en Utah que l’on voit des situations similaires à celui d’Honolulu. Toutefois, Bode Uale et Mufi Hannemann sont loin d’être les seuls mormons siégeant dans les instances de pouvoir dans la région. Bien avant eux et bien au-dessus aussi, jusqu’au Congrès américain, il y a Eni Faleomavaega qui siège depuis 1989 comme délégué pour le Samoa Américain. Si le Samoa Américain était un État à part entière de l’Union, il en serait le sénateur sénior.

Formé entre autre à l’université Brigham Young, université mormone, faut-il le rappeler, Faleomavaega est aujourd’hui l’un des mormons les mieux placés dans la vie politiques américaines. Ils sont au nombre de 14 (en baisse de 2 par rapport au précédent Congrès), soit 2,6% de l’ensemble du Congrès, selon le Pew Forum. A noter toutefois que le délégué n’est comptabilisé dans ce chiffre[3]. Parmi les collègues mormons de Faleomavaega, il y a le sénateur Orrin Hatch (Utah, républicain), mais plus connu encore est le sénateur Harry Reid (Névada, démocrate), président du sénat.

Mais au fait, pourquoi les mormons s’investissent-ils en politique ? Vaste question. Et je ne compte pas y répondre de manière détaillée ici. Je me contenterai seulement d’avancer deux éléments de réponse : premièrement, ils croient et soutiennent la démocratie et la stabilité politique ; cela fait partie de leurs croyances. Deuxièmement, une des nombreuses façons pour eux de soutenir cette stabilité est d’y apporter leurs contributions de la manière la plus directe. En cela, ils ont adhéré à l’idée que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. C’est ce qui fut à l’origine de la candidature de Joseph Smith, premier prophète mormon, à la présidence des États-Unis en 1844. D’autres, dont Mitt Romney, le suivirent sans succès jusque là dans cet exercice.

A consulter :


[1] Pieu : unité ecclésiastique de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours regroupant au plus douze paroisses. C’est l’équivalent d’un diocèse catholique. Le pieu mormon est dirigé par un président de pieu  et deux conseillers. Celui-ci est aidé par un conseil composé de douze hommes appelés membres du grand conseil.

[2] « Mes amis, l’église pour le peuple Maori n’est pas encore arrivée parmi nous. Vous la reconnaîtrez au moment venu. Ses missionnaires voyageront par deux… Ils nous viendront nous rendre visite chez nous. Ils apprendront et nous enseigneront l’évangile dans notre langue. Ils lèveront la main droite quand ils officient ».

[3] Un de ceux comptabilisés dans la catégorie « mormon » (Leonard L. Boswell) par le Pew Forum est en fait membre d’une branche dissidente du mormonisme appelée Community of Christ, anciennement Église Réorganisée de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.